Les chefs militaires russes ont récemment discuté du moment et de la manière dont Moscou pourrait utiliser une arme nucléaire tactique en Ukraine, a appris le New York Times auprès de plusieurs hauts responsables américains. Poutine n’aurait pas participé à ces discussions. Mais le fait que de hauts responsables militaires russes aient abordé cette possibilité inquiète l’administration Biden, car cela montre à quel point ces généraux sont frustrés par les revers subis sur le champ de bataille en Ukraine.
Les responsables américains n’ont pas voulu décrire au New York Times les scénarios envisagés par les chefs militaires pour l’utilisation d’une arme nucléaire. Le Pentagone estime que la Russie possède un stock d’un millier d’armes nucléaires tactiques, qui ne sont pas destinées à un échange nucléaire total, mais à une guerre limitée. La Russie pourrait utiliser l’une des ogives de 10 kilotonnes qu’elle peut monter sur certains de ses missiles de croisière à lanceur terrestre, notamment l’Iskander qui a déjà été largement utilisé avec des explosifs conventionnels.
Si 10 kilotonnes représentent toujours une explosion énorme – équivalente à 10.000 tonnes de TNT – elle serait faible par rapport aux normes nucléaires. La bombe qui a détruit Hiroshima faisait 15 kilotonnes. La plupart des ogives américaines et russes ont une puissance comprise entre 100 et 1.000 kilotonnes.
La Russie pourrait tirer une telle arme nucléaire tactique sur une cible militaire ukrainienne. L’explosion tuerait des centaines ou des milliers de personnes et causerait d’importants dégâts. Aucune arme nucléaire tactique n’a jamais été utilisée au combat, mais elle peut être déployée de diverses manières, notamment par des missiles ou des obus d’artillerie.
Poutine nie
Poutine est le seul à pouvoir décider d’utiliser ou non une arme nucléaire tactique, et il prendrait cette décision sans tenir compte de l’avis de ses généraux. Les nouveaux renseignements concernant les discussions des hauts gradés de l’armée russe sur l’utilisation éventuelle d’armes nucléaires ont été révélés alors que Moscou défendait l’idée que l’Ukraine prévoyait d’utiliser une bombe dite « sale », c’est-à-dire un explosif conventionnel contenant des matières radioactives.
Si le risque d’une nouvelle escalade reste élevé et inquiétant, les responsables de l’administration Biden et les alliés des États-Unis affirment que les appels téléphoniques entre les Occidentaux et leurs homologues russes à la fin du mois dernier ont contribué à apaiser certaines tensions nucléaires. Un discours prononcé par Poutine jeudi dernier, dans lequel il a nié que Moscou se préparait à utiliser une arme nucléaire en Ukraine, a contribué à la désescalade des tensions, selon certains responsables.
(CP)